31 juillet 2008
CLERMONT FAIT ROCK
Je me souviens du jour où j’ai aimé le rock. Avant, j’écoutais des trucs de variétés, parce que c'étaient les seuls trucs qui passaient chez mes parents, à la télé ou à la radio. Mais un samedi après-midi, j’étais ado, je me baladais seule dans les rayons des Nouvelles Galeries, place de Jaude, à Clermont-Ferrand. Le magasin a diffusé Sweet Dreams de Eurythmics. La messe était dite. La voix d’Annie Lennox m’avait convertie.
A l’époque, ma ville était un désert musical. Il y avait deux bars de nuit, rue Anatole-France, dans lesquels se produisaient toujours les deux mêmes groupes. L’un s’appelait les Johnny Blues Bandits. L’autre, je ne sais plus. Le chanteur-guitariste se prenait pour Jimi Hendrix. Lassant.
Les chanteurs et groupes qui passaient par Clermont, en général à la Maison des Sports, étaient de grosses pointures, françaises ou anglo-saxonnes, mais jamais les artistes que je préférais : U2, Chris Isaak, Suzanne Vega, REM, les Stranglers, les Silencers, Crowded House, INXS, Simple Minds, The Call...
J’avais des discussions passionnées et parfois polémiques avec ma copine Fabienne, qui partageait certains de mes goûts, mais aimait aussi des artistes français, comme Lalanne, Thiéfaine ou Higelin, que j’exécrais. Pour moi, dès lors que “ça” chantait en français, c’était nazebrock.
J’écoutais mes CD à la maison, religieusement, sur ma chaîne compact Philips, ou mes K7 sur mon Walkman Sony. La nuit, je me branchais sur Rock à l’œil, sur Europe 1, pour découvrir les dernières nouveautés. Et le matin, au lycée, je m’endormais d'un œil sur mes versions latines. Je ne saurai jamais pourquoi Carthage était à détruire...
Après, j’ai quitté Clermont et vécu dans des villes où ça “bougeait plus”. Mais moi, ça m’intéressait déjà moins, de bouger. J'ai été vieille jeune.
Blues in the Puy-de-Dôme
Et vingt ans plus tard, je découvre que ma ville natale, où je n’ai foutu les pieds que trois fois depuis 2000, est devenue, à en croire Le Monde, une des “capitales du rock français”.
Depuis un an ont émergé des groupes dont la notoriété est nationale : Cocoon, Quidam, Derek Delano Orchestra… Des groupes aux influences diverses, mais qui ont en commun le sens mélodique et une certaine “douceur” un peu dépressive.
Je comprends qu’on soit dépressif, à Clermont-Ferrand – c’est pas la ville la plus riante de l’hémisphère nord –, mais je trouve étonnant que les jeunes gens de cette grise cité n’aient pas plus la rage. Ils disent avec résignation un mal-être personnel plutôt que social. “All my friends died in a plane crash”, racontent les jolis duettistes de Cocoon ; “Ton absence éveille en moi l’obsession”, se lamente Quidam. J’écoute avec plaisir, mais c’est pas ça qui me redonnera envie de retourner en Auvergne.
(PS qui n'a rien à voir : Je pars en vacances demain. A bientôt :-))
30 juillet 2008
WELCOME TO PARISDISE
Le Parisien est un pôv' con une malheureuse créature.
L'année durant, il supporte la pollution, le bruit, les embouteillages, les dysfonctionnements des transports en commun. Il est stressé, mal luné et subit l'opprobre du reste de la population française.
Mais il y a encore plus pôv' con plus mal loti : c'est l'habitant de la région parisienne qui ne part pas en vacances. Pour lui, c'est le régime de la double peine. Car c'est en été que sont réalisés la majeure partie des travaux sur la voie publique. Rues barrées, chaussées et voies défoncées... les citadins privés de vacances profitent de la douce mélodie des marteaux-piqueurs deux mois durant.
Les déplacements, en voiture, à vélo, en rollers ou à pied relèvent d’un rallye-raid au Kazakstan ou d’un trek au Népal. Ce sont les amortisseurs et les chevilles qui prennent, mais finalement ça permet de se dépayser à moindres frais. Le plan de circulation provisoire et modifié d’un jour sur l’autre crée des embouteillages inédits. On pensait profiter d’une circulation fluidifiée et on se retrouve coincé sous le cagnard. Trop funky.
Qui va en vacances, perd ses places...
Mais l'estivant automobiliste jouira lui aussi bien assez tôt des bienfaits des travaux. A son retour, il constatera que toutes les places de parking de sa rue ont été supprimées. Et des rues voisines aussi, par la même occasion. La moitié des emplacements restants auront été convertis en parkings pour les deux-roues. En général délimitées par des traits de peinture quasi invisibles, car la Ville de Paris, toujours très joueuse, aime bien trouver des challenges originaux pour les automobilistes et de nouvelles occupations à ses sympathiques contractuelles. Et des recettes supplémentaires pour ses caisses vidées par Paris-Plage.
De quoi enrichir, aussi, les sociétés de parkings souterrains qui facturent l'heure à 5 euros.
Les sociétés de transports en commun profitent également de cette période pour faire de l'intendance. Ainsi, la ligne C du RER est coupée chaque été à Invalides pendant pour des travaux mystérieusement baptisés “Castor”. De longue haleine, ces travaux. Cinq ans que ça dure et c'est prévu jusqu'en 2017. Au minimum.
Le métro, lui, fait hammam. Suffit juste de penser à prendre son gant de crin et du savon noir.
Passons sur les administrations, désertées par leurs employés, où on poireaute deux heures pour obtenir une simple attestation (ça se sent que c’est du vécu ?). Ou la Poste, qui perd les recommandés, parce que, dixit la guichetière, “C’est toujours comme ça pendant les vacances !” Et attendons patiemment la rentrée...
28 juillet 2008
SAOULE DE BAINS
Pendant que les filles et moi prendrons les eaux – paraît-il polluées – de la mer Noire, Christophe et un copain referont la salle de bains. Le copain est dans le bâtiment. Et Christophe a des idées et l’œil pour faire des plans qui tiennent la route.
C’est la première fois que nous engageons des travaux dans notre maison (une vieille chose charmante, mais qui commence à partir en sucette... Non, c'est pas de moi que je parle !).
La faute à pas de budget, et aussi la faute à moi, qui ai horreur du bordel. Or travaux = méga-bordel puissance 22.
Si j’étais riche, je demanderais à mon chauffeur – qui serait le sosie de Joaquin Phoenix – de me conduire dans des officines qui font du clé en main de luxe. Je leur montrerais un joli modèle sur leur catalogue. Le plus cher. Je dirais : “Cher ami, vous me faites ça pour mardi en huit. Et qu’ça saute !” Car je serais très malpolie avec le petit personnel.
En attendant la fin des travaux, je logerais dans un palace sur une plage aux Maldives ou dans une autre de mes demeures sur les contreforts du Lavandou (je sais pas trop si ça existe les contreforts du Lavandou, mais je trouve que ça fait chic).
Vasque programme !
A défaut d’être Angelina Jolie ou une fille Pinault-Valencienne, il a fallu courir les magasins spécialisés pour trouver des équipements qui nous plaisent tout en restant dans notre budget.
Et y’en a un paquet de magasins ! Des équipements dans notre budget, beaucoup moins...
J’ai donc visité, au cours des quatre dernières semaines, les enseignes suivantes :
Aquamondo (une demi-douzaine de fois : c’est la plus proche de chez nous et c’est quasiment devenu notre seconde maison. Claire et Anouk y ont leurs habitudes. Elles filent direct vers le coin enfants et se servent des verres d’eau glacée au distributeur. Qu’elles ne boivent pas. C’est juste pour appuyer sur le bouton. Les vendeurs nous haïssent ), Castorama (deux fois), Leroy-Merlin (deux fois), Point P (deux fois), Ikea (trois fois, mais la dernière, c’était juste un prétexte pour manger du saumon à 3,95 euros à la cafèt’), Lapeyre, Alinéa, Fly, Porcelenica, Socolo, Aubade. Sans compter La Redoute, Les 3 Suisses, La Maison de Valérie… sur Internet.
J’ai la nausée rien qu’en entendant les mots “meuble sous vasque”, “carrelage mural”, “revêtement stratifié”, “baignoire d’angle”, “robinets thermostatiques” ou “listels” (au moins, j’aurai appris des mots nouveaux).
Il y a de sacrés cocos dans certains de ces magasins... Drôle de business. Je vais pas citer les plus craignos, car j’aurais peur que la mafia locale lance un contrat sur ma face (la Cosa Nostra de la patte d’oie d’Herblay (95) est réputée dans le coin… A côté Al Capone, c’est Bambi). En tout cas, ça donne pas envie de refaire sa cuisine dans la foulée.
Ceci dit, je me plains, mais vu comme l’affaire a l’air de se goupiller, je vais aller me faire bronzer chez les Bulgares et, à mon retour, j’aurai une salle de bains flambant neuve ! Certes, je ne vais pas loger dans un palace sur l’océan Indien, mais je m’en tire pas trop mal quand même, globalement...

26 juillet 2008
LES DENTS DE L'AMER
Pensée du jour : éviter de boire un broc entier de thé glacé avant d’aller faire la sieste au grenier (soit deux étages au-dessus des toilettes). Du coup, entre deux allers-retours, j’ai pas réussi à m’endormir. Alors, je blogue. Happy you.
Claire s’est cassé une dent en tombant. Me demandez pas les circonstances précises du drame, j’étais pas là... Il a fallu la faire extraire, car l’incisive était fendue de bas en haut. Elle a donc un gros trou en plein milieu de la bouche.
“C’est mignon !” disent les uns. C’est ça, quand c’est les enfants des autres.
“Ça repoussera !” disent les autres. Ben oui, dans cinq ans environ...
Apparemment, il sera possible de mettre une prothèse provisoire dans un an (quand ses molaires seront sorties). En attendant, quand je prendrai une photo de ma petite pépette édentée, je lui demanderai : “Claire, ne souris pas, s’il te plaît !”

19 juillet 2008
JAMAIS SANS MES FILLES (D'HABITUDE)
Dans la voiture, je me suis surprise à écouter J’ai demandé à la lune, jusqu’au bout. J’aurais jamais cru que j’écouterais un jour un titre d’Indochine en entier. C’est la chanson préférée d’Anouk.
Au square, j’ai regardé les petits n’enfants d’un œil attendri, surtout les blondinettes caractérielles aux yeux bleus qui avaient l’air d’avoir deux ans et demi et dix-sept jours.
A la fondation Cartier, hier soir, en voyant des parents accompagnés de leur fillette (et en refusant poliment des sauterelles enrobées de chocolat), j’avais le regard humide. Bon, quand la morveuse a fait un méga-caprice devant une compression de César, j’ai avalé mes larmes avec un loukum garni d’une fleur de Sechuan et je me suis réjouie de ne pas être encombrée de mes naines.
Christophe est allé chez son père, à la campagne, avec les filles. Depuis trois jours, et pour encore deux petites journées, je suis le seigneur du château, seule dans la petite maison d’Epinay, qui paraît soudain bien grande. Et silencieuse. Et bien rangée. Comme une coquille d’œuf vide. 
Aboulique
Les deux premiers jours, j’étais dans le bliz intégral. Je savais pas quoi faire. Je découvrais des sensations inédites et déstabilisantes. Quoi ? Je peux sortir du travail sans courir ? Mais je sais même pas comment on fait ! Alors, le premier soir, j’ai tourné trois quarts d’heure dans le quartier des Batignolles, sans but, juste pour me prouver que je pouvais prendre mon temps. En fait, j’avais qu'une envie : rentrer chez moi le plus vite possible.
C’est ce que j’ai fait. Et j’ai passé la soirée affalée sur le canapé devant un documentaire sur Mike Brant et Daniel Balavoine. C’est dire à quel niveau d’aboulie j’en étais rendue. J’ai cru comprendre que l’un et l’autre étaient morts, l’un en se jetant par la fenêtre et l’autre dans un accident d’hélicoptère. J’en ai déduit que les hommes n’étaient pas faits pour voler, en tout cas les chanteurs dotés d'une voix de tête. Mais gardons-nous de toute conclusion hâtive : ils auraient eu une voix de basse, ils seraient peut-être morts quand même.
Et le lendemain soir, même topo : soirée patate de canapé.
Hyperactive
Mais jeudi, j’étais une autre femme, I was another woman, ich war eine andere Frau... (C’est juste au cas où j’aurais des visiteurs étrangers... La ville de Paris a lancé une campagne pour qu’on soit plus accueillants avec les touristes. C'est ma contribution personnelle.)
J’ai vu trois expos dans la journée*, une à midi et les deux autres après le boulot. Dont la « visite dégustative » évoquée plus haut, organisée à l’occasion d’une rétrospective de l’œuvre de César.
La visite se déroule en cinq étapes, sous la houlette d’une excellente conférencière. A chaque halte, les visiteurs mangent une bouchée en rapport avec l’œuvre commentée. J’y suis allée par curiosité sociologique (j’adore les animaux et j’aime tout particulièrement observer les bobos parisiens dans leur milieu naturel), d’autant que je ne suis pas très fan de César. Mais j’ai été bluffée. L’expérience gustative apporte un véritable éclairage sur le travail de l’artiste. La stimulation des sens mis à contribution pour la dégustation a l’air de créer de nouvelles connections cérébrales. Faudrait tenter l'expérience avec Jenifer ou Johnny Hallyday pour être sûr que ça marche.
En fait, je commence à prendre goût à ma vie de célibataire sans enfants... C’est une pure vie de feignasse, en réalité. Tu bosses tes sept heures et après t’es tranquille. Pour la bouffe, suffit d’acheter un plat en promo chez Picard et de le manger à même l’emballage. Le ménage ? Quel ménage ? Je tape ma frime dans les lieux d’art contemporain ou je glande sur le canapé en buvant du thé glacé et en mangeant des Bounty trucs très bons pour la santé : je salis rien !
Mais le temps que je m’habitue vraiment à cette existence silencieuse et oisive, toute la petite famille sera rentrée... Pff, dure vie !
*J'ai vu “Soldats de l’éternité, à la Pinacothèque, place de la Madeleine. Une armée de soldats en terre cuite, découverte dans la tombe de l’empereur Qin, qui régna en Chine au VIe siècle avant JC. On avait enterré avec lui ses concubines qui n’avaient pas eu de garçon. (Carla, tu sais ce qu’il te reste à faire !) Apparemment, la Chine a une longue tradition de respect des droits de l’homme ! Et de la femme...
Deuxième expo, à la Maison rouge, boulevard de la Bastille. Un endroit incroyable, qui appartient à un héritier de Carrefour. Ils se recyclent tous dans l’art contemporain, les milliardaires français. Ceci dit, à une époque, ils achetaient des équipes de foot. Au moins, les collections d’art, j’en profite. Enfin là, j’ai détesté l’expo, mais en général, j'en profite...
18 juillet 2008
CHASSE, TEIGNE ET ADDICTION
Ma copine Sophie, dénicheuse en chef d'infos insolites, a dégotté aujourd'hui cette perle sur Yahoo Actu :
Fort Pierce, Floride, Etats-Unis – Une jeune femme a été arrêtée après avoir frappé son petit ami avec une cuvette de toilettes.
Une dispute aurait éclaté quand Kimberly Cole, 18 ans, a découvert son petit ami en train de fumer du crack dans la salle de bains. Elle aurait alors allumé la douche au dessus du jeune homme puis aurait tenté de le convaincre d'arrêter de se droguer.
Face au refus de son compagnon, la jeune femme aurait saisi la cuvette des toilettes et s’en serait servi pour frapper Joel Goldsmith, âgé de 24 ans.
Ce dernier a été inculpé pour détention de drogue et relâché sous caution. La jeune femme a quant à elle été accusée de coups et blessures avant d'être libérée.
Ce qu'il faut en penser, comme dirait Télérama...
A mon avis, c'est Yahoo Actu qui l'a fumé, le crack. Ils ont confondu une dépêche d'agence avec le scénario d'une série Z*. Kimberly, en fait, c'est la fille cachée de Hulk et de Harry Potter.
Passons sur l'arrachage des toilettes pour en faire une arme contondante, que même Jean-Claude Van Damme dopé à la pectine, il aurait pas la force... Non, le plus fort, c'est quand SuperKimberly réussit à “allumer la douche”. Mettre le feu à de l'eau, c'est vraiment balèze. Et pratique, en plus. Grâce à ce super pouvoir, elle peut faire ses nouilles au gratin directement dans la casserole.
Moi je dis, Yahoo Actu, vous devriez vérifier vos infos ! Tenez, prenez exemple sur le magazine Voici qui, la semaine dernière, annonçait en couverture : “Numéro spécial scoops : Angelina Jolie, la naissance de ses jumeaux, c'est pour le 24 juillet !” Ça, pour un scoop, c'était un beau scoop. Aucun autre magazine ne l'a annoncé. Et d'ailleurs, personne n'a repris l'info. On se demande pourquoi.
* Une série Z qui respecte tout de même les trois règles de base de la tragédie classique, à savoir l'unité de temps – celui nécessaire à la consommation d'une pipe de crack –, de lieu – la salle de bains, qui fait aussi toilettes –, et d'action – le jeter de chiottes sur la tronche. La fin est un peu décevante. Chez Racine, le junkie aurait succombé à ses blessures en se repentant et Kimberly se serait suicidée en avalant la pomme de douche brûlante tout en se pendant avec le flexible. Faut être souple, chez Racine...

14 juillet 2008
LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE
- “14,50 euros !” m'annonce la caissière du Monop' de la rue de Lévis à Paris.
Je dois payer par chèque, car j'ai atteint mon plafond de carte Bleue en règlant mes vacances sur Internet. Mais mon compte est créditeur (je précise).
J'ai le vague souvenir qu'à Monoprix on ne réclame pas de pièce d'identité jusqu'à 20 euros. Je pose la question.
- “Non, on la demande systématiquement quand les clients n'habitent pas Paris”, m'assure-t-elle.
- “Vous voulez dire que parce que je viens de Seine-Saint-Denis, je suis plus suspecte d'impayés qu'une cliente parisienne ?”
Elle semble hésiter :
- “Je n'ai pas dit ça...”
Elle prend ma carte et inscrit le numéro au verso du chèque. En dessous, elle écrit très lisiblement "93" et entoure ostensiblement ce nombre.
C'était samedi. Il y avait la queue derrière. Pas des habitants du 9-3, manifestement. J'étais avec mes filles. Je les avais emmenées dans ce quartier pour leur faire couper les cheveux. Je n'ai pas eu envie de brasser ou je n'en ai pas eu le courage. Mais j'avais la haine en sortant.
Je vais adresser un courrier à la direction du magasin et à celle de Monoprix.
Affaire à suivre.
13 juillet 2008
Chère Delphine de Vigan,
J'ai acheté votre roman No et moi hier à Cultura, bêtement attirée par un bandeau proclamant “Prix des libraires 2008”.
A en croire le résumé au dos du livre, votre roman est le récit d'une amitié entre une ado surdouée et une jeune SDF. Soit.
Le problème, c'est que ça commence moyen, moyen...
Le gros problème, c'est qu'à la page 16, je lis :
“Bref, voilà pourquoi je me trouvais gare d'Austerlitz. J'attendais l'arrivée du TER de 16h44, en provenance de Clermont-Ferrand, c'est mon préféré parce qu'il y a toute sorte de gens, des jeunes, des vieux, des bien habillés, des gros, des maigres, des mal fagotés, et tout.”
Je passerai sur la pauvreté du style et l'inanité du propos. Vous n'y pouvez pas grand-chose, chère Delphine de Vigan, si vous êtes un auteur médiocre. En revanche, il n'eût pas été très compliqué de vérifier que les trains en provenance de Clermont-Ferrand n'arrivent pas gare d'Austerlitz, mais gare de Lyon. Et ce sont des trains Corail. Les TER sont des trains express régionaux, comme leur acronyme l'indique. Or, Clermont-Ferrand n'est pas située en Ile-de-France, à moins qu'il y ait eu un gros glissement de terrain la nuit dernière.
Certes, on ne demande pas à des romanciers de faire de l'investigation, mais il est quand même à la portée de n'importe quel écrivaillon d'aller sur le site de la SNCF pour éviter d'écrire des conneries. Et si c'est vraiment TROP fastidieux pour une écrivain parisien, il y a aussi du personnel dans les maisons d'édition (ici, c'est Jean-Claude Lattès) qui pourrait se charger de ces basses besognes.
Chère Delphine de Vigan, je viens de perdre bêtement 14 euros, dont 10 % iront directement dans votre poche et ça me fout en rogne. Je retourne à mes mangas, puisque c'est ça.
07 juillet 2008
JAPAN EXPO : UN PLAN QU'A RATÉ
Cela fait un bout de temps que je ne m’étais pas tapé un plan bien foireux. C’est pourtant une de mes spécialités. C’est très facile à réussir : on repère une manifestation un peu originale, si possible dans un endroit improbable + on entraîne ses enfants dans l’aventure, car c’est encore plus foireux en famille + ça coûte la peau des fesses = fiasco assuré.
Faut croire que mon titre de reine du foirage devait me manquer, car samedi, j’ai réuni tous les éléments indispensables à un plan merdique de première bourre. L’objectif du jour était Japan Expo, au parc des Expositions de Villepinte, une manifestation consacrée à la culture populaire nipponne (mangas, mode, jeux vidéo, arts martiaux...).
On s'est pointées vers midi et demi. Dès l'entrée du parking, une évidence : il y a beaucoup trop de monde pour une maman et ses petites pépettes. En plus, je n’ai pas apporté à manger, comptant acheter des sandwiches sur place. Las ! Dans chaque point de vente, il y a des files d’attente de 50 personnes.
Pourtant, l’ambiance est bon enfant et rigolote : beaucoup de jeunes visiteurs, adeptes du “cosplay” (costume playing), sont habillés comme leur héros de manga favori. Les stands de jeux vidéos sont noirs de monde. Anouk aimerait tâter de la Wii, mais il ne faut pas compter qu’un « gamer » boutonneux lui cède la place. La fête ne serait pas complète si je n’avais pas droit au toujours redoutable : « Maman, je veux faire caca ! », alors que nous sommes coincées toutes les trois au milieu de la foule. Dans ces cas-là, pas une seconde à perdre. Je traverse le hall n°5 à la vitesse d’un Pikachu sous acide et je saute sur un vigile : « J’ai une urgence ! Ma fille doit aller aux toilettes. Et si on doit faire la queue une demi-heure, ça va être un désastre, si vous voyez ce que je veux dire ! » Il voit et m’indique des chiottes de délestage. Arrivées aux toilettes, Claire n’a plus envie.
En revanche, elle a clairement envie de m’emmerder : « Maman, j’ai faim ! » me serine-t-elle. Au bout de la dixième fois, je me dis qu’en effet, elle commence peut-être à avoir la dalle. D’autant qu’il est un genre de 13 h 30. Je dis « un genre » parce que je suis tellement vidée que je n’ai même plus le courage de chercher mon portable dans mon sac. Anouk ne trouve aucune activité pour elle et commence à trouver le temps long, elle aussi. Il est temps de se casser… Encore faut-il retrouver la sortie. A vue de nez, ça me prend vingt bonnes minutes. Au bout d’un moment, j’en ai tellement marre que je fonce dans la foule avec ma poussette, transformée en char d’assaut. J’aurais dû enfiler le costume de Goldorak, avec de vrais fulguro-poings.
Parking : 6 euros pour deux heures. C’est la cerise sur le sushi. A ajouter aux 12 euros de l’entrée. Il me faut encore un quart d'heure pour retrouver ma voiture dans l’immense parking aux allées dépourvues de repères. Il fait une chaleur orageuse. Je suis d’une humeur de pitt-bull sous-alimenté et privé de sommeil. Je n’arrive plus à parler à mes enfants : j’aboie. Il est 14 h 30. L’urgence : trouver un endroit où se restaurer… MacDo ou la Tour d’Argent, m’en fous. Pourvu que je puisse poser mes fesses et nous nourrir, ma progéniture et moi.
Ce ne fut ni MacDo ni la Tour d’Argent, mais Courtepaille. Nous déjeunâmes dans la zone industrielle de Garonor avec une vue imprenable sur l’autoroute A 1. Nous avons compté les voitures rouges en attendant les plats (on en a vu 23). J’aurais pu faire une pige pour Inforoute, ça aurait remboursé mes frais !
Arrivée à la maison, vers 16 h 00, j’ai largué les pépettes dans les pattes de Christophe. Je suis montée dans la chambre « pour me détendre un peu » et j’ai dormi trois heures de rang ! Les plans foireux, c’est énervant, mais c'est encore plus crevant.
06 juillet 2008
CHEVEUX PLUS ALLER CHEZ LE COIFFEUR !
Suis allée chez le coupe-tifs, jeudi soir. Dans un salon près de mon travail. J’ai demandé le même coiffeur que la fois précédente. C’est un frêle jeune homme, à la voix aiguë et à l’allure androgyne. La dernière fois, il portait les cheveux mi-longs et brushés. J’avais d’abord cru que c’était une fille. Avec une moustache.
Mon figaro est passionné par son art, se lance dans une coupe comme s’il attaquait de la glaise pour la modeler ou le mont Blanc pour le gravir. C’est rafraîchissant, les gens comme ça.
J’avais été très satisfaite de ma coupe. Il m’avait fait d’artistiques rebiquettes qui impressionnèrent fort mes collègues, plus habituées à me voir coiffée comme un balai à franges.
Hélas pour mon prestige capillaire naissant, je ne parvins jamais à reproduire les accroche-cœur initiaux, bien que j’eusse investi dans une brosse ronde et ressorti un vieux sèche-cheveux, sur les conseils de mon pétulant capilloculteur. Pour le coup, je pouvais effectivement aller me brosser. Malgré tout, ma coupe s’accommoda de bonne grâce d’une nature de cheveux désobligeante et du peu de soin que leur accorde.
Miroir, mon beau miroir...
Quatre mois plus tard, j’ai donc réitéré l’expérience. Le coiffeur s’est coupé les cheveux et porte désormais une petite barrette à la Julien Doré. (Pour Le Goût des autres, qui n’aime que Jean-Sébastien et Wolfgang-Amadeus, Julien Doré est un chanteur à yukulélé et à barrette, donc.)
Il m’a dit : “Vous avez l’air moins fatigué que la dernière fois. Vous aviez une mine épouvantable !”
“Euh...”, ai-je répondu, en contemplant mes traits tirés et mes yeux cernés dans le miroir. C’est traumatisant, le coiffeur. On est là pour se faire belle, mais comme on ne peut échapper à son reflet, on réalise pleinement qu’on a la tête qu’on a et qu’on fait son âge...
J’ai laissé pépère donner libre cours à sa créativité... J’aurais pas dû. Sa barrette, avant de la mettre dans ses cheveux, il avait dû la fumer ! Il ne m’a pas refait les jolies rebiquettes, mais une improbable choucroute, en m’aspergeant d’une quantité de laque suffisante pour redresser la tour de Pise. Trois jours après, mes sinus ne s’en sont toujours pas remis. On dirait Amy Winehouse. Blonde, avec les cheveux courts. En moins jeune, moins maigre, moins tatouée, moins camée. Je dis n’importe quoi... On dirait pas du tout Amy Winehouse en fait. Plutôt une actrice de Peyton Place.
Voyant ma mine légèrement interloquée, Figaro s’est empressé de me rassurer : “Vous êtes hyper tendance, comme ça !” Bon alors, autant vous prévenir, on est en plein revival capillaire années 60. Va falloir s’y faire...