Karmara : voyage en mère

Métro, boulot, mouflots, expos… mais pas beaucoup dodo.

26 juin 2008

COMMENT SE LEVER DU PIED GAUCHE*

(* 100 % de réussite garantie)

- Ne rien préparer la veille pour le lendemain matin (vêtements, petit déj', goûter), parce que “Waouh, j'ai trop la flemme, ce soir !”

- S'endormir comme une grosse courge dans le canapé, en émerger à 3 h 00 du mat', dans le blizz total, se traîner jusqu'au 1er, se faire violence pour se laver les dents, s'écrouler dans le plume comme une enclume.

- Se faire réveiller à 6 h 25 par les cris d'une pépette qu'on aime, mais y'a des limites à l'amour inconditionnel d'une mère (Non, y'en a pas ?), parce que sa couette a glissé et qu'elle a froid.

- Replacer la couette, laisser le bébé se rendormir en songeant que le réveil va sonner dans 55 minutes.

- Se rendormir au bout de 52 minutes.

- Se faire réveiller par la voix de Jean-Marc Sylvestre, qui vous explique que les chômeurs sont des feignants, les patrons les sauveurs de l'humanité et que les entreprises croulent sous les charges sociales.

- Se dire qu'on a encore 10 minutes.

- Se dire qu'on a encore 5 minutes de rab...

- Finir par se lever, mais c'est pas une vie.

- Prendre une grue pour réveiller les filles.

- Préparer des bols de cornflakes et s'entendre dire que “Maman, ce matin, je préfèrerais du pain d'épice avec du beurre.”
Faire comme si on n'avait rien entendu : ça vaut mieux pour tout le monde.

- Faire chauffer l'eau du thé.

- Aller prendre une douche de 45 secondes, lavage des cheveux inclus. Ne pas les sécher et être coiffée comme un dessous de bras toute la journée.

- Le pied à peine posé sur le carrelage de la salle de bains, entendre Claire chouiner après sa sœur, suite à une sombre histoire de fraises.

- Pousser une grosse gueulante, inutile et culpabilisante.

- Descendre, constater que l'infusette de thé, cette conne, n'a pas sauté toute seule dans la tasse.

- Nettoyer le pot de Claire rempli d'un caca XXL. Mou, le caca.

- Finir d'habiller tout le monde à la vitesse de la lumière.

- Partir en se disant : "Ouf, finalement, on est à l'heure."

- S'autocomplaire dans sa mauvaise humeur en refusant de voir que le ciel est bleu, que le soleil brille et que les petits oiseaux font cui-cui.

- Arriver à l'école et constater qu'on a oublié de prendre le goûter d'Anouk(1).

- Déposer Claire chez la nounou. Rentrer à la maison. Boire enfin une tasse de thé, puis une deuxième. Lire aux toilettes quelques pages de Chroniques birmanes, l'excellente BD de Guy Delisle. Sourire. Reboire une tasse de thé. Se demander pourquoi on s'est réveillé(e) de si mauvaise humeur. Commencer ce post. Partir au travail.

(1) Rassurons les âmes sensibles : j'ai fait une halte express à la boulangerie pour pallier cet oubli.


(Photo prise hier soir à Enghien avec mon portable... Je trouve qu'elle a le "grain" des photos qu'on faisait dans les années 70 avec les petits appareils photo Kodak.)

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21 juin 2008

NOIR, C'EST NOIR...

Atelier d’écriture du Théâtre de Gennevilliers, hier soir. Dernière séance de l’année. Ambiance psychothérapie de groupe : l’une raconte crûment et cyniquement sa liaison avec un homme marié, de trente ans son aîné. Une post-ado se lamente d’un amour non partagé. Une sexagénaire parle de la vieillesse qui marque son visage. Lui répond un quatrième joyeux drille, qui appelle la mort de ses vœux. Une dernière passe la séance les bras en l’air à virevolter sur elle-même d’un air désespéré. Bienvenue au congrès des dépressifs d’Ile-de-France !

Moi, j’avais écrit un texte léger, je l’ai gardé par devers moi. J’allais pas casser une si chouette ambiance... Le grand ordonnateur de l’affaire était, lui, fort satisfait de la séance.

La vie est-elle si sombre ? m’interrogeai-je en repartant. Et faut-il, de la sorte, étaler ses noirceurs en public ?

chevreauCe matin, entretien avec le maître d’Anouk. Ma fille a fait un bon CP. Je suis heureuse et fière. Puis, toutes trois nous sommes allées au parc des Chanteraines (aujourd’hui Christophe installait un home-studio en Normandie pour un groupe de jeunes chevelus). Les chèvres de la ferme pédagogique avaient donné naissance à trois chevreaux. Il fut vaguement question d’en kidnapper un... J’ai dû renoncer en voyant la mère me contempler d’un air torve (Je sais, je suis complètement gaga avec les petits d’animaux. C’est mon côté blonde. J’assume grave.)

Les filles ont couru dans l’herbe fraîchement coupée. Elles ont fait de la balançoire, du toboggan. Je leur avais mis de jolies robes. Elles étaient belles comme des soleils.

Puis nous sommes allées manger à La   Criée. Ce fut un repas plein de gaieté, même si je me suis fait maraver tout mon dessert par mes oiselles affamées de sucre.

Retour à la maison, sieste, suivie d’un bain rafraîchissant pour les pépettes, avec un petit goûter improvisé dans la baignoire.

Fin d’après-midi au jardin dans une chaleur enveloppante. Nous avons arrosé les tomates et les fraises, avec trois tailles d’arrosoirs différentes.
Sophia, la petite voisine, est venue jouer avec Anouk et Claire. Je les ai laissées vivre leur vie d’enfants pleine de rires et de chamailleries, et j’ai lu paisiblemement le tome 8 de mon manga.

Une journée légère comme une robe de fillette... Non, la vie n’est pas que souffrance. N’en déplaise à ceux qui confondent douleur et profondeur.

Le grand manitou du théâtre neurasthénique détesterait ce post : il a HORREUR des bons sentiments ! :-)

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20 juin 2008

UNE HABITUDE A LA NOIX

Deux mois... Deux mois d'abstinence. J'y pensais même plus. Même après le déjeuner, même le soir, devant la télé. Désintoxiquée, j'étais. Enfin, c'est ce que je croyais. Alors qu'on n'en a jamais fini.

Et puis hier, j'ai replongé. J'avais pas trop le moral, faut dire. Le boulot...

Faisait pas très beau. J'avais mangé un vague sandwich, acheté rue des Moines. Je m'étais baladée sur la grise avenue de Clichy. J'étais entrée chez le soldeur de CD et dans une boutique indienne, le cœur au bord des lèvres, ressassant les petites défaites de la matinée.

Même pas la peine de consulter l'heure sur mon portable, je savais qu'il fallait retourner au bureau. A force, on finit par avoir une pendule dans les tripes. Tic-tac, tic-tac...
Saisie d'une impulsion stupide, je suis entrée dans ce maudit commerce. J'ai pris “ma dose” et je suis ressortie la tête basse.

Dans la rue, je me suis jetée sur le paquet et j'ai refermé mes lèvres sur cette terrible maîtresse. Sentiment de plénitude, puis de honte...

Là, j'en suis à deux par jour. Mais je sais bien que j'ai remis le doigt dans un engrenage infernal...

L'enfer de la barre de Bounty.


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18 juin 2008

LA MAMAN DES OISONS, ELLE EST BIEN GENTILLE

Une fidèle lectrice m'écrit :

Chère Karmara,

D'abord, sachez que je ne suis pas une fidèle lectrice, mais un fidèle lecteur. (Désolée, d'ici je vois pas très bien. Vous êtes loin, non ? ) J'habite en Lozère (Et c'est sympa de vivre dans le trou du cul du monde ?) et je vous vois déjà venir avec votre humour à deux balles dans une parenthèse en italique, genre “C'est comment de vivre dans le trou de cul de la France ?” (Pas de la France, du monde...). C'est très bien, la Lozère, figurez-vous. (Excuse-moi, mon gars, je croyais que Lozère était une contraction de “lose” et de ”désert”. Au temps pour moi.) Il y a plein de verdure et d'animaux. Et c'est d'ailleurs au sujet de la faune que je m'adresse à vous.

Vous avez évoqué, il y a peu, la naissance d'oisons dans un square près de votre travail. Or, j'adore les oiseaux. J'ai reconnu des oies à tête barrée. (Frime pas ! Moi aussi je sais faire des recherches sur Internet) Or, il est très rare que ces oiseaux se reproduisent en captivité. Pourriez-vous nous donner de leurs nouvelles ponctuellement ?

Et si des personnes à l'esprit mal tourné s'imaginent que vous avez inventé cette lettre de toutes pièces, pour pouvoir reparler des oies sans avoir l'air trop neuneu, c'est même pas vrai, d'abord ! (Tss, tss... Qui pourrait aller s'imaginer un truc pareil ?)

Bises lozériennes,
Raymond

Cher Raymond,

Vous ne pouviez pas mieux tomber. Justement, ce matin, avant d'aller au travail, je suis allée rendre une petite visite à la famille Oie du square des Batignolles. Il était presque 10h00 (je suis arrivée en retard au boulot, forcément) et les petits dormaient encore sous l'aile protectrice de leur gentille môman.

J'ai pu assister au réveil des triplés et cela me plongea dans des abîmes de réflexion.
Je me suis dit qu'au lieu de faire des bébés, j'aurais été mieux inspirée de faire des oisons, ces délicieuses petites créatures étant manifestement plus enclines à faire la grasse mat' que la progéniture humaine. Autres atouts non négligeables : pas de caca dans la couche ou dans le pot, pas de chouineries, pas de caprices à table, aucune dépense, pas de formulaires à remplir pour la CAF et pour Pajemploi... Que du bonheur !

C'est décidé, dans ma prochaine vie, je serai oie. La Lozère, ça doit être un coin sympa pour les palmipèdes. Cher Raymond, rassurez-moi, on ne fait pas de foie gras en Lozère ?

Veuillez agréer mes sincères salutations (je ne vous fais pas la bise, j'ai horreur des familiarités avec les fidèles lectrices, surtout quand ce sont des hommes).

Karmara


Les oisons se cachent pour dormir
envoyé par karmara93

(Et pour ceux qui ne peuvent pas voir la vidéo, une p'tite photo)

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17 juin 2008

CONTE A DORMIR DEBOUT

Je ne sais pas ce qui s’est passé... Je me suis faite happer, dévorer, engloutir, absorber.
Je suis peut-être tombée. Ou j’ai été attirée par un trou noir. C’est connu, les trous noirs c’est troublant.

Je me rappelle très bien, en revanche, comment je suis arrivée là. J’étais dans ma voiture, à l’Etoile. Déjà, à ce moment-là, j’ai vu un truc bizarre. Sur le trottoir, de part et d’autre des Champs-Elysées, étaient dressées des tables. Autour de ces tables, il y avait des milliers de convives habillés en blanc.

Lorsque je suis arrivée, il était déjà 21h30. Le musée fermait une demi-heure plus tard. J’ai commencé à parcourir l’exposition. Un peu trop rapidement. La tête me tournait vaguement. J’aurais dû manger un truc, avant.

Sur les murs, des toiles immenses, visions oniriques et insidieusement angoissantes, cauchemars tranquilles et colorés.
Les couleurs ! C’est ça, les couleurs...
Mon regard a été capté par des pavés de couleur sur deux murets. Un paysage nocturne, un lac fantomatique et, au centre du tableau, deux personnages sortis d’un conte des Grimm.

Après, je ne sais plus rien... Jusqu'à ce qu'une main vienne m’extirper de la toile. “Madame, on ferme !” m’a dit le gardien.

Sur les Champs, il y avait toujours ces milliers de gens en blanc.


Peter Doig : Gasthof zur Muldentalsperre. Exposition au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 11 avenue du Président-Wilson, Paris 16e.

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13 juin 2008

PAS DE POT !

Vous connaissez peut-être le site Vie de merde.fr, dit “VDM”, où les internautes content leurs petites misères. Aujourd’hui, j’étais pile dans le créneau. Au propre – si on peut dire –, comme au figuré.

Le vendredi est mon jour de congé parental. Au programme : lever à 7 h 00, petit déj’, école pour Anouk, courses à Intermarché, déjeuner, lessive pendant la sieste de Claire, goûter. Habituellement, nous allons chercher Anouk à 16 h 00 à l’école. Mais ce vendredi, elle a un entraînement de gym.

A 17 h 00, je décide de m’octroyer une petite parenthèse “bien-être”, comme on dit dans Femme Actuelle : un bain bien chaud (ça pèle la mort chez nous...) qui sent le gardénia. Claire joue dans sa chambre ou plutôt déménage les jouets. Je sais que d’ici une demi-heure, ce sera Beyrouth, mais pas grave, une fois trempée, je serai zen pour ranger le fouillis (J’ai une nature très aquatique...)

Je fais couler le bain. Température idéale... Je pose le 4e tome de Nana, sur le rebord du lavabo. Je me glisse voluptueusement dans l’eau, les chakras ouverts à donf’, toute à la joie de ces ablutions et pleine de confiance dans l’existence. Moi à mon meilleur...

Bain merde alors !
Mon corps à peine immergé dans cette bulle de détente, j’entends une voix... En temps normal, j’adore le son de cette petite voix perçante. Mais là, quelque chose me dit que je ne vais pas aimer ce que je vais entendre. Alors, je n’entends rien. Mais la petite voix insiste et je suis bien obligée de comprendre :
- “Maman quand même ! Caca dans le pot !”
Au bord de la dépression (j’ai une nature très cyclothymique), je réponds :
- “Non, attends que j’aie fini de prendre mon bain !” (Autant demander à une bombe atomique d’épargner les civils.)
- “Déjà caca !” m’assène cette petite merdeuse.
- “Reste un peu sur le pot, s’il te plaît...” (Rêve, ma fille...)
- “Non, me nettoie tout seule !”
Argh ! J’imagine déjà le désastre. D’autant qu’il n’y a pas de papier toilette à proximité du pot. La chambre, ça va pas être Beyrouth, mais une exposition d’art conceptuel dans les tranchées de Verdun.
Alors, la mort dans l’âme, je sors de mon cocon aqueux (As Johnny would say), m’enveloppe dans une serviette trop petite. Et, grelottante, je vais torcher le postérieur de ma douce enfant et nettoyer le pot...

Glamourland, c'est encore loin ?

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12 juin 2008

BELLE DAMEOISELLE

Sidonie, c'était une véritable oie blanche ! Elle n'a rien vu venir quand Marcel lui susurrait : "Viens ma cocotte, l'amour donne des ailes, tu vas voir !”

Auteur d'eux, ça cancanait sec... Toutes les sales commères du quartier. Elle en était toute embarrassée, la jolie Sidonie. Pour ne rien montrer de son émoi, elle tendait sa petite tête, l'air indifférent, et continuait à se dandiner maladroitement, en écoutant Christophe Maé sur son Ipod (c'est le chanteur préféré d'Anouk... c'était juste pour caser la vidéo et lui faire plaisir. Vous êtes pas obligé d'écouter non plus...).


Christophe Maé : Belle Demoiselle
envoyé par the_boss_7777

Mais son petit cœur battait la chamade pour son gandin. Alors, un soir, dans la pénombre du square, entre le séquoia et le cèdre du Liban, elle céda à ses avances... Ce ne fut pas vraiment l'extase, car son amant manquait de délicatesse. Naïve, elle s'imagina malgré tout un avenir à deux, fait de tendresse et de complicité, de quelques prises de bec sans doute, mais aussi de parties de pattes en l'air plus ébouriffrantes. Las ! Marcel était volage. Il prit la jeune vierge et la tangente. C'était vraiment le gars qui voulait se donner un jars.

Elle en fut désespérée, puis triste, puis vaguement dépitée, puis elle oublia. Elle était charmante, mais un peu bécasse, pour tout dire. Puis son ventre s'alourdit. Elle en fut d'abord vaguement dépitée (elle crut que c'était un problème de digestion : je vous l'ai dit, elle avait pas inventé le coquetier !). Puis joyeuse, puis béate. A part quelques nausées, de la constipation, des hémorroïdes, des problèmes de circulation, un diabète gestationnel, un risque de toxoplasmose et l'attitude déplorable des Parisiens dans les transports en commun, sa grossesse se passa bien.

Julot des Batignolles
Elle pondit trois œufs, qu'elle couva un mois. Le temps lui parut long, surtout vers la fin. C'est comme les films de Stanley Kubrick, ça paraît toujours long vers la fin. Vers le début aussi d'ailleurs.

Mais Jules veillait. Jules, c'est le brave gars, un peu couillon. Le genre à épouser des Sidonie et à leur faire des petits, s'il n'y avait pas des Marcel sur la route. Sauf que Sidonie, elle lui plaisait, en cloque ou pas. Et Jules, il avait des principes, il aimait la maman, les petits il ferait comme si c'était les siens...

Puis les petits éclorent, par un beau matin de juin, dans un fourré entre le séquoia et le cèdre du Liban. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait eu le sentiment que c'était le bon endroit pour les faire naître.

La petite oie blanche resta une petite oie blanche, mais devint une mère. Cela cancana de plus belle dans le quartier. Elle s'en foutait royalement. Ses oisons étaient les plus beaux du monde. Et en plus, il y avait Jules. Jules qui protégeait les petits bec et ongles. Surtout bec (il m'a fait flipper ma race quand j'ai pris des photos !). Papa Zulot, comme disaient déjà les petits...

(Spécial dédicace to Heure-Bleue)


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09 juin 2008

PREMEDITATION

“Le plus dur est derrière nous, j'en suis sûre”, leur ai-je dit. Je leur ai montré le ciel, limpide, et le soleil qu'on devinait derrière la ligne des toits.
Il n'était pas tout à fait 9 h 00. Je portais une robe de circonstance. De couleur tomate presque mûre. Les miennes ont semblé se redresser, le long de leur tuteur, galvanisées par cette annonce et par un rayon qui perçait entre les maisons d'en face. Enfant prodigue, le printemps revenait sur la pointe des pieds, gêné de s'être absenté si longtemps.

J'ai effectué une volte-face. Ma robe a changé de nuance et a pris une belle teinte fraise écrasée. Le petit fraisier suspendu semblait guetter mon mouvement. “Je ne t'oublie pas..., l'ai-je tendrement apostrophé. Finie la grisaille ! Le temps est venu pour toi de rosir à la vie. Va, croîs et embellis.”

Puis, dans ma robe devenue jaune, je m'en suis allée vers mon destin de salariée dans la grande ville, en songeant aux délicieuses tomates mozarella et à la succulente soupe de fraises maison que je ne manquerais pas de concocter dans les prochaines semaines.
Il sera toujours temps de leur parler de leur avenir...

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08 juin 2008

DES CHOSES BIEN

Tiens, ça fait un petit bout de temps qu’il n’a pas été question d'art contemporain. Pour tout dire, j’y vais à doses homéopathiques, parce que cela entraîne une telle chute d’audience qu’il me faut au moins trois posts sur le caca de Claire pour faire remonter les stats :-). Un peu comme si TF1 décidait de diffuser un colloque sur Guy Debord en prime time, ou si Paris-Turf passait des pages beauté au milieu des pronostics.

Comme vous l’aurez compris, Epinay n’est pas une ville à l’avant-garde sur le plan de la culture... le maire semblant confondre ce mot avec animation pour le troisième âge, et pas seulement lors de la Fête de la musique. Heureusement que nous voisinons avec Enghien-les-Bains et son épatant Centre des arts. Une commune également dirigée par une équipe de droite, comme quoi cela n’a rien à voir.

Depuis le 6 juin, et jusqu’au 14, Enghien propose Bains numériques, une manifestation dédiée aux arts électroniques, avec des dizaines d’installations, de rencontres, de spectacles. Au CDA, mais aussi dans la rue, et dans divers lieux emblématiques de la ville.

J’ai testé quelques-unes des installations. Bon, y’a un peu de déchet, on va dire... Par exemple, au CDA, pas la peine d’aller faire la queue (en prenant un ticket, comme au rayon fromage chez Carrefour !) pour l’expérience Dans le noir, c’est pipeau. Quand tu bouges, t’entends des sons. Waouh ! quelle affaire ! Quelle est la démarche artistique derrière ça ? En plus, c’est mal réalisé, le noir n’est pas absolu.
Samedi soir, il y avait aussi une espèce de son et lumière grandiloquent sur la façade du Casino, qui avait largement attiré le chaland.

“Je suis en perm' à Nantes”
En revanche, dans le hall de l’Hôtel du Parc, pas un chat – hormis les chics clients du restaurant – pour découvrir Bien des choses, le travail de Cléa Coudsi et Eric Herbin, auquel j’ai été très sensible.
Les deux artistes ont installé un mur de cartes postales anciennes, rédigées avec ces belles écritures penchées d’autrefois, au verso de vues du Touquet, de Nantes, de la Pologne... Lorsqu’on les soulève, des voix s’élèvent, livrant d'autres récits, plus intimes. Comme si l’on entendait les vraies pensées qui se cachent derrière les mots e(a)ncrés sur le carton.

Plus on soulève de cartes, plus les voix s’additionnent et s’entremêlent. Elles se croisent sans “se voir”, raconte un petit bout d’existence, un bout de chemin ; chaque voix suit sa voie. C’est beau, touchant, ça pulse comme un cœur, cela donne envie de sourire à la vie.


Bien des choses, de Coudsi/Herbin
envoyé par karmara93

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07 juin 2008

FAN DES ANNEES 80

Vous savez que je ne suis pas du genre à me la péter. Et ce en dépit d’un physique plus qu’avenant, d’un quotient intellectuel deux fois supérieur à celui d’Ariane Massenet et de Laurent Weil (réunis) et de talents rares et enviables (création de mosaïque(s)* d’une éblouissante facture, que même à Pompéi ils en seraient pas revenus – d’ailleurs, ils en sont pas revenus – ; réussissage de créneaux rue de Turbigo ; nez à clapet amphibie...). Malgré tout, je suis restée très simple. J’y suis pour rien si toutes les fées se sont penchées sur mon berceau.
Un peu comme Carla, mais en mieux et avec plus de goût en matière d’hommes. Mais avec moins d’argent…

En plus, j’ai un pot pas possible ! En venant vivre à Epinay-sur-Seine, j’ignorais que que je bénéficierais d’une vie culturelle aussi intense. La Nuit blanche à Paris ? Le Salon du livre ? La FIAC ? Aimables divertissements.
Si je vous dis que le 21 juin, à l’occasion de la Fête de la musique, ma commune d’adoption reçoit Hugues Aufray (il porte bien son nom, lui... Pour faire un come-back à son âge il a dû se faire cryogéniser), vous allez verdir de jalousie. Ou alors prendre un ticket 3 zones pour assister à cet événement majeur (Qui a dit “T’as raison, Epinay c’est carrément la zone” ? Dehors !)

D’autant que – et là, c’est carrément the cherry on the cake –, Hugues partage l’affiche avec... je vous le donne Emile... Ben oui, lui-même en personne. Emile, du groupe Gold (ou Images, on se perd un peu dans sa carrière foisonnante). A ce stade, c'est plus de la chance, c'est un miracle !

Pour ceux qui ne connaissent pas, ou ont oublié, j’ai songé à poster une vidéo, finalement je me suis dit qu’il chantait mieux en photo** :

Donc, le 21 juin, inutile d’essayer de me joindre. Tel un capitaine abandonné, je serai un peu plus près des étoiles dans ma ville de lumière (Quelqu’un aurait-il une corde à me filer pour me pendre d’ici là ?).

*1,5 à ce jour
**Devinette : quel est le point commun entre Emile et PPDA ? Réponse : ils ont plus de cheveux qu’il y a 20 ans.


Posté par karmara à 00:06 - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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