08 juillet 2007

LE JARDIN D'AMOUR

Je commençais la visite du musée des Arts premiers du quai Branly, quand une voix venue du plafond a annoncé un atelier de deux heures sur le thème du “Jardin d’amour”. J’ai cru qu’il s’agissait d’un atelier de fabrication d’objets en bambou (j'avais aperçu une affichette sur ces prolifiques végétaux au rez-de-chaussée). J'ai pensé que je trouverais toujours une occaze de revenir visiter le musée (normalement, il est là pour un moment), et que ça pouvait être rigolo de taper sur des bambous de façon inopinée. Le jardin d’amour n’avait guère suscité de vocations. Nous n’étions que deux cobayes, et la seconde – une quingagénaire hyperconcentrée qui prenait des notes - n’avait qu’une demi-heure avant une visite guidée. J’ai donc quasiment eu droit à un cours particulier. Quant au Jardin d’amour, il s’agit en fait d’une œuvre contemporaine, une « installation », réalisée pour le musée par l'artiste nigérian Yinka Shonibare. Une mégapointure, dont je n’avais jamais entendu parler. L’animatrice nous a baladées dans un labyrinthe végétal, où était dissimulées trois sculptures de Shonibare, inspirées de peintures de Fragonard.

(Jeu des 7 erreurs)

C’est le Wax qu’il préfère
Le travail de Shonibare tourne autour du « wax », une étoffe de coton très colorée et très appréciée des Africains. En représentant les marivaudages de nobles habillés de ce tissu, il veut montrer que l’opulence des nations occidentales, au XVIIIe siècle (et aujourd’hui encore), reposait en partie sur les colonies et l’esclavage. Et ses personnages sans tête préfigurent la Révolution. 

(A gauche, l'animatrice ; à droite, la preneuse de notes overbookée ; au milieu, des aristocrates écervelés)

Quant à l’atelier « pratique », dont je fus donc la seule élève, il consistait en la fabrication d’une pièce de costume à partir de morceaux de wax. Je vous épargnerai le résultat final (pour ne pas baisser davantage encore dans votre estime), mais c’était vachement rigolo. L’animatrice était adorable, bavarde, enthousiaste et encourageante. Elle m’a donné des idées et des conseils pour faire des bricolages avec Anouk, à partir de tissu (alors que je sais tout juste recoudre un bouton). Ce type d’animations se développent dans les musées. Pour les enfants et les adultes. Cela peut paraître un « gadget culturel » aux forts en thème. En ce qui me concerne, j’avais essayé de m’initier à l’art contemporain dans les années 90. C’était en plein boum de l’art conceptuel. J’étais allée voir des expos à Beaubourg, au palais de Tokyo... Le seul souvenir (vague) que j’en garde est celui de loupiotes fluo fixées par terre. C’est dire si ça m’avait bouleversée. Là, grâce à cette dynamique jeune femme, j’ai pu comprendre les fondements du travail d’un artiste actuel, puisque ici le message importe autant, sinon plus que l’aspect esthétique. Certes, on peut toujours se renseigner par des bouquins ou via Internet sur cet art éminemment cérébral, mais tapez « art conceptuel » sur Google, et faites-moi trois pages sur le thème : « Elitisme, mode d’emploi » (ou si vous préférez « Parle à mon cul, ma tête est malade ! »). Alors que là, en deux petites heures ludiques, j’ai pu comprendre, voire apprécier, cette forme d’expression. Du coup, j’ai inscrit Anouk à un atelier au Palais de Tokyo le week-end prochain. En route pour de nouvelles aventures conceptuelles ! 

(A deux mains, si vous le voulez bien !)

Posté par Karmara à 21:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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